N°002 — Ông Ngoại

Les matins à cinq heures

Ça fait bientôt un an que mon grand-père nous a quittés.

Il vivait en Californie.

Je l'ai rencontré pour la première fois en 2008, lors d'un stage international pendant mes études. J'avais 23 ans et je découvrais, pour la première fois, une partie de ma famille maternelle.

J'ai eu la chance de leur rendre visite cinq ou six fois au cours des dix-sept dernières années.

Cette photographie date de 2014.

Quand je la regarde aujourd'hui, je n'y vois pas seulement mon grand-père. J'y vois ce qu'il m'a transmis sans jamais avoir eu besoin de longs discours.

Il adorait le tennis.

Il donnait encore des cours alors qu'il avait plus de quatre-vingts ans.

Je me souviens qu'il venait me chercher vers cinq heures du matin, avec son éternel thermos de café vietnamien glacé posé dans la voiture.

Avant d'accueillir ses élèves, il m'apprenait à jouer.

Je passais des heures à courir derrière les balles, à l'observer enseigner, à rire avec lui ou alors à me faire engueuler pour mon talent bien caché au tennis.

Je ne savais pas encore que ces matinées me construisaient.

Avec le recul, je crois que c'est là que j'ai découvert quelque chose qui m'avait manqué enfant : la transmission.

Mon père nous a toujours aimés profondément.

Sa façon d'aimer était de faire pour nous, de prendre soin de nous, souvent jusqu'à s'oublier lui-même.

Mais il m'a peu transmis par les mots ou par les gestes d'apprentissage.

Mon grand-père, lui, sans le savoir, m'a offert cela.

Bien sûr, je ne gagnerai jamais Roland-Garros.

Mais il m'a appris quelque chose de bien plus précieux qu'un revers ou un service.

Il m'a appris qu'on peut transmettre sa présence simplement en partageant un moment.

Aujourd'hui, alors que tu n'es plus là, je mesure la chance d'avoir vécu ces instants avec toi.

Merci, Ong Ngoai.

Merci pour ces matins, pour ces silences, pour cette présence.

Je garderai tout cela précieusement.

Je t'aime.

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