PRÉSENCE INTEMPORELLE
CHAPITRE — LES LIENS
Photographier une famille, pour moi,
ce n'est pas réunir plusieurs personnes devant un objectif.
C'est entrer quelques heures dans une histoire qui a commencé bien avant mon arrivée.
Une histoire faite d'habitudes.
De gestes.
De regards.
De voix que l'on reconnaît les yeux fermés.
Ce qui nous relie
Il existe des liens qui semblent éternels.
Parce qu'ils font partie du quotidien.
On pense qu'ils seront encore là demain.
Alors on ne les regarde plus.
Le café préparé par un père.
Les mains ridées d'une grand-mère.
Un enfant qui vient spontanément se blottir contre sa mère.
Ce sont ces gestes-là qui disparaissent les premiers.
Une journée ordinaire
Je ne viens pas créer un souvenir.
Je viens révéler ceux qui existent déjà.
Une promenade.
Une cuisine en désordre.
Des rires.
Un repas.
Un jardin.
Le salon.
Votre maison.
Car souvent, les plus grands souvenirs ne naissent pas des grandes occasions.
Ils naissent des journées que l'on croyait ordinaires.
Ce qui restera
Les enfants grandiront.
Les parents vieilliront.
Les maisons changeront.
Les voix finiront par s'effacer.
Les photographies, elles, deviendront une manière de revenir.
Non pas dans le passé.
Mais dans une présence.